jeudi, 24 avril 2008
Actualités de l'association renaissance du Lille ancien dont je suis membre depuis deux mois
Objectif de l'association
A l'origine :
Créer un mouvement d'opinion afin d'intéresser les lillois à leur patrimoine et provoquer ainsi : recensement, protection, restauration des richesses architecturales.
Aujourdhui :
La sauvegarde du patrimoine
la sensibilisation du public au patrimoine architectural et urbain lillois
La connaissance et la promotion du patrimoine..
16 rue Basse : une rare façade renaissance
C’est une découverte bien extraordinaire que cette façade. Découverte à laquelle on pouvait s’attendre, puisque l’édifice était repéré au Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur dans la catégorie des bâtiments « à conserver et à restaurer ». Les moulurations en ébrasement des baies,les témoins des anciens meneaux constituaient déjà les signes visibles d’une architecture de qualité. Mais laquelle exactement ? Il fallut attendre le piquetage du léger enduit plâtrant pour découvrir le rythme harmonieux de quatre travées, rehaussées par des sculptures de coquille St Jacques au tympan des baies, le relief, vraisemblablement une tête de lion au-dessus de l’entrée et des médaillons sculptés dans les écoinçons des arcades, hélas aujourd’hui trop martelés pour en reconnaître le motif d’ornement.
Ces sculptures permettent d’avancer quelques hypothèses sur l’origine de ce bâtiment. La première est liée à l’histoire de l’ordre des Dominicains, fondé en 1215 à Toulouse pour prêcher et convertir les hérétiques, et premièrement dénommé en France les dominicains de St Jacques, en référence au couvent parisien fondé en 1218 dépendant d’un couvent établi au nord de Gênes portant précisément le nom de St Jacques. A Paris, la rue dans laquelle ils s’installèrent au XIII° siècle avant de s’établir rue St Honoré, a gardé jusqu’à aujourd’hui le nom de St Jacques. Il y a donc un lien symbolique entre ce décor et la congrégation lilloise, dont le chœur de l’église s’élevait juste à l’arrière de cette maison. Mais l’intérêt essentiel n’est pas dans la qualité intrinsèque du décor ; il est aussi dans la filiation de cette composition de façade avec l’un des motifs emblématiques de travée selon la Renaissance, « inventé » par Brunelleschi à Florence à partir de 1419 pour l’Hôpital des Innocents.
Le rôle des médaillons, au départ vierges de sculptures puis dotés en 1487 de terres cuites vernissées par Andrea Della Robbia, est simple ; outre leur fonction de représentation de l’usage du bâtiment—à Florence des bambins emmaillotés dans leurs langes—ils assurent la continuité du rythme de la façade en liant le mouvement des arcs en plein-cintre avec le cordon-larmier horizontal.
Ce modèle se retrouve au XVI° dans de nombreux édifices en France et aux Pays-Bas. Philibert de l’Orme utilise ce thème pour les loggias du château de Madrid, édifié par François 1er vers 1530 dans la forêt de Boulogne, près de Paris.
Le prince Henri III de Nassau introduit ce thème en 1536 dans l’extension du château de Breda, berceau de la famille d’Orange-Nassau et premier édifice réputé comme exemple du style Renaissance au Pays-Bas.
Mais notre maison de Lille n’a pas toutes ces qualités aristocratiques. C’est tout au plus une maison d’accompagnement (ou une maison de louage ?) de l’ancien couvent des Dominicains. Elle est l’œuvre de maîtres maçons qui reproduisent les modèles au goût du jour, sans trop de rigueur sur la règle, le tracé et les proportions. Ils suivent un modèle qui leur est apporté par le bénéfice de l’imprimerie. Ainsi, les cordons de pierre ne sont pas tous jointifs ; l’un des médaillons flotte dans le parement de brique. Les fenêtres restent d’esprit gothique, à meneaux en pierre creusée, en cavets pour faciliter l’entrée de la lumière. Et c’est bien finalement cette approximation des formes et cette conjugaison des références qui fondent le caractère remarquable de l’architecture civile lilloise.
Enfin, il est assez savoureux de trouver un maillon significatif de cette histoire locale de l’architecture, et de montrer que les références des maîtres d’œuvre du XVII° viennent d’Italie, comme ailleurs en Europe, et de contribuer à tordre le cou à toutes les « légendes espagnoles ». Il ne faut pas confondre pour le XVI°, et la première partie du XVII°, suzeraineté sur un territoire et mouvement des arts et des idées.
Que deviendra cet immeuble emblématique ? Devant l’intérêt de cette découverte, le propriétaire, une griffe reconnue de vêtements pour homme, a accepté de différer l’ouverture, d’entreprendre les relevés nécessaires et d’effectuer des travaux complémentaires permettant une réhabilitation partielle des fenêtres à meneaux et des sculptures. Tout cela se négocie pied à pied, entre intérêt patrimonial et faire-valoir de la façade comme enseigne et vitrine contemporaine. Heureusement que dans ce cas et cette situation, l’intérêt du patrimoine puisse s’accorder à celui du commerçant.
C’est donc un chantier à suivre, et une adresse à ne plus manquer dans une visite de Lille !
Ca bouge pour la gare de marchandises St Sauveur
La Ville de Lille vient de lancer un appel d’offre pour la « mise en valeur temporaire de la gare St Sauveur en espace culturel pour la tenue de Lille 3000 »
C’est une bonne nouvelle pour le bâtiments de la gare, notamment les bâtiments des bureaux «de la petite vitesse », des douanes et les entrepôts datant de la première révolution ferroviaire, construits en briques, fonte et charpentes métalliques. Ce « détournement » des bâtiments ferroviaire est fixé à quatre années. On peut espérer que le devenir du site, à l’issue de cette période de transition, apparaîtra plus favorable à la compréhension, à la promotion et à la protection du patrimoine et que l’on saura alors éviter des projets de promotion immobilière dont l’image la plus rocambolesque restera l’épisode de projet d’installation d’un grand stade, entouré d’îlots denses d’immeubles de rapports, amené sur la scène publique par Marc-Philippe Daubresse, Vice-Président de la Communauté Urbaine, alors en mal de reconnaissance médiatique lors des péripéties de notre feuilleton judiciaire, le jour même où nous obtenions reconnaissance de notre action devant la Cour d’Appel de Douai.
Un motif de mécontentement
Pont Neuf
08:57 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : renaissance du lille ancien, lille, patrimoine, hervé marie morelle





