lundi, 08 décembre 2008
Gare Saint-Sauveur : sur les rails du renouveau
Les 5,6 M d'euros attribués à la rénovation des halles de St-Sauveur ont suscité le débat. Taxés d'être engagés à la va vite et sans concertation, les travaux ont quand même démarré. En mars, le futur quartier naîtra avec Lille 3000.
JULIA MÉREAU > julia.mereau@nordeclair.fr
Sur le dossier, il y a d'écrit « Lille3000 ». Mais entre les lignes franchement, c'est à se demander si ce n'est pas un peu du « pousse-toi-de-là-que-je-m'y-mette » que la ville est en train d'envoyer comme message à RFF (Réseaux Ferrés de France) avec qui elle négocie depuis des mois l'ensemble des 20 ha de l'ancienne gare St Sauveur. Martine Aubry l'a déjà dit, elle ne montera pas au-dessus d'un prix de vente raisonnablement fixé par les Domaines. Et en octobre dernier, elle s'était montrée confiante, mais depuis, plus de nouvelles...
Par contre, sur le site, des engins de chantier ont pris place depuis quelques semaines. Déterminés, ils s'activent autour des deux premières halles, que la ville a déjà acquises. Pour les plus avertis, comprenez la halle « A » qui longe la rue Camille Guérin derrière le mur de briques, et une partie de la halle « B », qui jouxte la « A ». Le chantier a grosso modo trois mois, jusque mars, pour mettre ces deux halles en état de pouvoir recevoir la base de la prochaine saison de Lille3000.
C'est d'ailleurs ce qui avait constitué le plus de débats, au conseil municipal de juin dernier, lorsque les Verts et l'opposition avaient découvert à la dernière minute les presque 6 millions d'euros, engagés par la ville pour ces travaux. Les élus étaient montés au créneau. Les Verts ne s'étaient pas montrés contre contre l'installation « provisoire » de Lille3000 dans ces deux halles mais avaient dénoncé les étapes brûlées pour l'étude et la concertation. « Les dossiers culture ne sont pas des dossiers extra-municipaux », avait déclaré Eric Quiquet. L'Union Pour Lille (UPL), par la voix de Thierry Pauchet, elle, n'avait tout simplement pas compris qu'on puisse engager une telle somme pour du « provisoire ».
Comme on peut imaginer que Didier Fusillier soit tombé raide dingue amoureux de ces murs et précipité le chantier, on peut aussi quelques mois plus tard comprendre l'intérêt de la ville à saisir ce prétexte de Lille3000, pour commencer à dessiner son entrée en matière, dans ce futur secteur que Martine Aubry a qualifié de « quartier du XXIe siècle ». St Sauveur, c'est autant une promesse électorale qu'un défi pour elle et son art de ville. Et le temps lui est compté...
Alors voilà pour la mise en bouche d'un quartier qu'elle nous a promis inédit : à l'entrée, côté J-B Lebas, on garde les pavés. Sous la halle A rénovée (près de 1000 m²), on installe une « coque énergétique » capable de protéger un restaurant sur une moitié et sur l'autre, une salle de cinéma (208 places). Les travaux vont mettre en valeur la charpente qui date de la fin XIXe, faite de bois et de brique. Pour rappel, sur le site, rien n'est classé et l'architecture est effectivement à ce point magnifique qu'il n'y a pas d'erreur à la respecter.
Entre les deux halles, il y aura un jardin et une terrasse qui permettra de rejoindre la halle « B ». Où sur près de 5000 m², pourront s'installer des expositions et des concerts. Ici aussi, les travaux de réaménagement ne touchent pas à la structure béton des années 50, qui est tout autant remarquable.
Devant ces deux halles, sera coulé un parvis en macadam, avec une aire de jeux pour les enfants et de quoi installer des chapiteaux. « En fait, comme en 2004, avec les Maisons Folies, explique Laurent Dréano, qui dirige le service Culture de la mairie, on pense ces lieux dans un nouveau concept qui mélange les fonctions sports et culture. » Et Lille3000 de tester les lieux en premier, comme en 2004, avec l'ancienne filature Leclercq à Wazemmes ou la brasserie de Moulins. « C'est ça puissance 10 », confirme-t-il.
La ville travaille avec ses propres architectes et se poste en complète maîtrise d'oeuvre sur ce projet qui « va contribuer à donner une première image du futur quartier ». Ouverture des lieux prévue en mars prochain, avec Lille 3000.
Première entrée en matière avec Lille3000
Après les Maisons Folie, le Tri Postal, voici Saint-Sauveur. On prend les mêmes et on recommence mais cette fois, « puissance 10 ». Et comme à Moulins et à Wazemmes, Lille3000 ensuite laissera la place... Sur la base, rien ne change : on réhabilite des lieux chargés de patrimoine industriel, et on y ajoute la touche culture, signée Martine Aubry et Didier Fusillier. Sauf que là, pour le coup, Didier Fusillier ne cache pas que tout s'est décidé très vite, pour ne pas passer à côté de la nouvelle saison « Europe XXL ». Mais ça en vaudra la chandelle, promet le maître de cérémonie : « On y retrouvera les midi-midis, et un tas d'autres propositions joyeuses et innovantes. C'est une belle énergie qui va se développer là, on y travaille tous les jours ». Lille3000 veut garder ses secrets. Ou en tout cas, ne pas précipiter des informations qu'on pressent peaufinées dans l'urgence... Tout ce qu'on sait pour l'heure, c'est que l'équipe est allée chercher un jeune architecte parisien montant, Franklyn Azzi pour la déco intérieure. « C'est un endroit où l'on va se cultiver et se divertir. Ce type est ingénieux », insiste Didier Fusillier. Dehors, les enfants pourront jouer à la marelle, et occuper des tentes à l'intérieur. Et les familles réserver le cinéma pour des projections privées, entre autres séances gérées avec l'Hybride, L'Univers ou la Maison Folie de Moulins. Du Lille3000, comme promis. Et une brocante, une fois par mois Plus concrètement, pour l'après, il restera une brasserie-restaurant et un cinéma que la ville pourrait soit vendre, ou confier à une gestion privée, dixit les propos de Catherine Cullen, tenus en conseil municipal. En ce qui concerne, l'autre halle, la « B », l'élue l'avait promise pour des « braderies couvertes » ou comme complément « à Lille Grand Palais en attendant son extension ». Rappelons qu'à la dernière grande braderie de septembre, les brocanteurs avaient confié qu'ils avaient été assurés par Martine Aubry de la tenue d'une exposition-vente, au moins une fois par mois à St Sauveur. Un projet soutenu par 150 professionnels depuis la transformation de J-B Lebas en parc. Laquelle information, en septembre, n'avait été ni confirmée, ni infirmée par la mairie...
EN DATES
(1858) Le projet d'une gare à Saint Sauveur est évoqué alors que s'engagent les débats sur l'agrandissement de Lille. Les premiers bâtiments de la gare poussent en 1864. (2001) Longtemps considérée comme la plaque tournante commerciale de Lille, la gare de marchandises de St Sauveur va devoir progressivement céder son activité à la plateforme Delta3 de Bourges. Et petit à petit, ses hangars de stockage se vident. Aujourd'hui, il reste une seule société et des bureaux de la SNCF. (2005) L'ancienne gare de marchandises fait l'objet de toutes les convoitises. Les uns y verraient bien un stade, les autres une troisième gare pour soulager le trafic TER, ou encore il est question d'Euralille3. Martine Aubry résiste : elle y voit un nouveau quartier pour la ville. Et depuis, négocie ferme avec RFF

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