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samedi, 26 avril 2008

les socialistes font du surplace

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Un an après la victoire de Nicolas Sarkozy, le Parti socialiste ne sait toujours pas comment se régénérer. Son dernier succès à l'élection présidentielle remonte à vingt ans, avec la réélection de François Mitterrand en 1988. Et cela fait onze ans qu'il n'a pas remporté les élections législatives. Encore n'avait-il dû son retour à la tête du gouvernement, en 1997, qu'à une faute tactique de Jacques Chirac alors chef de l'Etat : la dissolution de l'Assemblée nationale.

Rien n'indique que ce cycle touche à sa fin. Mince consolation pour "le peuple de gauche", les socialistes ont connu pire. Il s'est écoulé vingt-quatre ans entre le départ de Guy Mollet de l'hôtel de Matignon en 1957 et l'arrivée de François Mitterrand au palais de l'Elysée en 1981.

Qu'en sera-t-il cette fois ? En 1981, les socialistes avaient un leader. Ils le cherchent vainement. Un programme. On l'attend encore. Et ils bénéficiaient de l'usure de la droite, de son rejet par l'opinion : onze ans de gaullisme, cinq de pompidolisme, sept de giscardisme... Rien de comparable aujourd'hui. Après douze ans de faux-fuyants chiraquiens, Nicolas Sarkozy, même si son étoile pâlit, n'en est encore qu'au début de la mise en oeuvre de son programme.

Battus, abattus même, malgré leur victoire aux municipales, les socialistes se sont lancés dans une introspection destinée à remobiliser leurs troupes, dans l'un de ces marathons d'avant congrès, hermétiques au commun des mortels. Ségolène Royal a pris une longueur d'avance sur ses concurrents, le 4 avril, en décidant de consulter, pour son propre compte, les adhérents du PS. Elle leur a posé la question inévitable : "Il faut sortir du fossé entre un discours pseudo-révolutionnaire dans l'opposition et un conformisme économique au pouvoir : de quelle façon ?"

Eternelle question, qui dénote, à force d'être ressassée, l'impuissance du PS à choisir entre son ADN révolutionnaire et ses aspirations réformistes, entre son marxisme latent et son tropisme social-démocrate. Y répondre ne suffira pas cependant à ramener les socialistes au pouvoir. Les plates-formes idéologiques, les vérités programmatiques, les "projets", si utiles qu'ils soient au débat public, sont rarement appliqués.

Expert en vérités successives, François Mitterrand s'était fait élire en 1981 en tournant le dos au projet socialiste de 1980, qui prévoyait de rompre avec le capitalisme. Il n'a pas respecté non plus, en tout cas pas longtemps, sa promesse de relancer la croissance et l'emploi en augmentant le pouvoir d'achat des plus défavorisés. Trois dévaluations du franc plus tard, il optait pour la rigueur économique. Ces zigzags ne l'ont pas empêché d'occuper le pouvoir pendant quatorze ans.

Les socialistes en ont tiré une leçon : la clarification de leurs idées, à laquelle ils procèdent dans leur nouvelle déclaration de principes, est urgente, mais elle n'est pas la solution à tout. Pour revenir au pouvoir ils ont besoin d'un leader, un peu Mitterrand pour l'habileté, un peu Mendès France pour la vertu. Et comme l'oiseau rare est introuvable, ils feignent de croire que cette question est secondaire, chronologiquement au moins. "Il faut arrêter de parler en disant "je" et en exprimant des ambitions personnelles", explique ainsi Martine Aubry, maire de Lille. "Les Français attendent du PS non pas un candidat, mais un projet", ajoute Arnaud Montebourg, député de Saône-et-Loire. D'abord le programme, l'indispensable programme, ensuite un nouveau premier secrétaire (pour succéder à François Hollande qui part en novembre). Enfin, la désignation du candidat du PS à l'élection présidentielle.

D'une logique irréprochable, ce calendrier cache mal l'impuissance des socialistes à choisir un chef. Aucun de ceux qui aspirent à devenir le nouveau Mitterrand ne lui arrive au col. Tous ont des qualités à faire valoir mais, depuis la défaite de Lionel Jospin à la présidentielle de 2002, le choc de leurs ambitions est un jeu à somme nulle. En quête d'une personnalité fédératrice, le PS en est ainsi réduit à regretter l'époque où François Mitterrand se jouait des contraires, manoeuvrant sa droite (les rocardiens) autant que sa gauche (le Ceres de Chevènement), se servant des uns, marginalisant les autres, au gré des rapports de force internes.

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Il dominait. Tout comme Nicolas Sarkozy domine l'UMP depuis qu'il s'est lancé dans la bataille présidentielle. Là est la clé du succès. Sans hégémonie sur son camp, pas de victoire possible. Dédaignée, sinon persécutée par ses rivaux, Ségolène Royal en a fait la cruelle expérience.

A force d'éluder cette question, les têtes d'affiche du PS, tout occupées qu'elles sont à se neutraliser, peinent à se faire entendre. Les uns se taisent, attendant leur heure, pourvu qu'elle vienne. Les autres publient des livres, vite écrits, aussitôt oubliés, tissés de vérités premières : "Une gauche aussi minoritaire qu'elle l'est aujourd'hui ne pourra retrouver le pouvoir que si elle s'élargit." ; "Le socialisme du XXIe siècle doit se fonder sur un approfondissement démocratique." La première citation est de Pierre Moscovici, député du Doubs, l'un des candidats déclarés à la succession de François Hollande (Le Liquidateur, Hachette, 282 p. 18 euros). La seconde de Julien Dray, député de l'Essonne, autre candidat au poste de premier secrétaire (Règlement de comptes, chez le même éditeur en 2007).

Forte des 16,7 millions de suffrages qui se sont portés sur elle au second tour de la présidentielle, Mme Royal est davantage écoutée. Mais elle irrite toujours les chefs de file du PS. Elle jouerait solo. Elle lorgnerait vers le centre. Son ton aussi irrite, de "télévangéliste", disent ses rivaux : "Je vais accomplir ma mission", "Je me sens habitée"... Ô Jaurès ! Ô Mendès ! Ces disputes de bac à sable accentuent le divorce du PS avec l'opinion. Quelque 47 % des électeurs se sont prononcés pour "Ségolène" le 6 mai 2007. Mais beaucoup l'ont fait sans enthousiasme, disent les politologues. Faute de mieux, par fidélité à la gauche. Par antisarkozysme.

Voilà pourquoi les socialistes sont de nouveau contraints de "gravir la montagne", comme dirait Mme Royal. Voilà pourquoi ils donnent l'impression de faire du surplace malgré le calendrier astreignant qu'ils se sont fixé : convention nationale (14 juin), dépôt des motions en vue du congrès (13 septembre), vote des militants sur ces motions (23 octobre), congrès (7-9 novembre), élection d'un nouveau premier secrétaire (13 novembre)
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