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jeudi, 24 avril 2008
Un ministre dans la peau d’un chômeur

EXCLUSIF• Le secrétaire d’État à l’Emploi a passé quatre heures au contact des demandeurs d’emploi et des salariés de l’ANPE et de l’ASSEDIC à Lille
Laurent Wauquiez face à la détresse d’Agnès, qui, en changeant de formule de contrat aidé, a vu fondre son APL et a perdu la couverture maladie universelle.
Expérience inédite hier à Lille pour Laurent Wauquiez, le secrétaire d’État à l’Emploi.
Le benjamin du gouvernement a passé son après-midi presque incognito dans une antenne ASSEDIC et une agence de l’ANPE.
Résumé : des attentes chez les agents, des tranches de vie, entre espoirs et détresses chez les demandeurs d’emploi.
Quand Laurent Wauquiez, 33 ans, pousse la porte de l’antenne ASSEDIC du Port fluvial pour une « immersion », personne ne se retourne. Bonne nouvelle : c’est le but recherché. Récit d’une plongée ministérielle dans la vraie vie.
> 13 h 35, avec Jérôme. – Laurent Wauquiez accompagne Jérôme pour son entretien d’inscription à l’ASSEDIC. Le rendez-vous a été pris par Internet. « C’est stressant ? », questionne le ministre. « Pas trop », rassure le cadre au chômage, à peine plus jeune que lui. On enregistre le dossier en direct. Jérôme est mobile, prêt à bouger et envisage même de changer de branche professionnelle. Un bon client. Le ministre touche du doigt la complexité du système d’indemnisation du chômage : Jérôme a reçu de son employeur une indemnité transactionnelle, il ne percevra rien des ASSEDIC avant juillet.
> 14 h 05, avec Anne. – Anne, c’est l’employée qui vient d’enregistrer le dossier de Jérôme. Laurent Wauquiez la questionne sur la fusion ASSEDIC-ANPE qui se prépare. La jeune femme parle franchement : « Pour l’instant on n’a pas trop de retours, on est inquiet, on a l’impression qu’on va se faire manger. » Le ministre veut rassurer : « Il y a une garantie sur les salaires, aucune obligation de mobilité, le but n’est pas de faire des économies mais de bâtir un meilleur service public de l’emploi. » > 14 h 20, avec Olivier. – Olivier vient d’arriver en France. Il ne sera pas indemnisé. « On peut être inscrit à l’ASSEDIC sans être indemnisé ? », s’étonne le ministre. Mais Olivier veut être cariste. Heureux hasard, Patrick, l’agent de l’ASSEDIC qui le reçoit, est un ancien cariste. Les formations de caristes sont traitées par l’ANPE d’Hellemmes. Olivier ressort avec un rendez-vous dès lundi à 15 h 15.
Une affaire rondement menée.
> 14 h 40. – Débriefing avec le personnel de l’agence, « je sais que vous avez des tâches spécialisées, tout le monde ne peut pas tout faire ».
À l’ANPE
Départ pour l’ANPE de Lille-Moulins, seconde étape au programme.
> 15 h 05, avec Hélène. – Hélène confie ses gros soucis à Lætitia, conseillère à l’ANPE. Elle a quitté son travail dans la Drôme pour une formation de pédicure à Lille. Elle a épuisé ses droits aux allocations. À Valence on lui a dit qu’elle n’aurait pas droit au RMI. Hélène explique que son dossier administratif fait du ping-pong entre la Drôme et le Nord, entre l’ASSEDIC et l’ANPE. Lætitia la rassure à moitié. Elle pourra toucher le RMI en déposant un dossier à la CAF.
Face au ministre, Hélène appuie là où ça fait mal : « Comment se fait-il que pour joindre les services publics, les numéros soient payants ? Avec toutes mes démarches, j’ai fait exploser mon petit forfait. » > 15 h 45, avec Leila. – Leila est vendeuse. Sans emploi depuis fin décembre, elle répond au rendez-vous de suivi mensuel et résume ses recherches face à Anissa. Le ministre écoute. « Il faut vous rapprocher des agences d’intérim, pas seulement leur adresser des mails, mais se présenter physiquement », explique Anissa. « Comme vous faites bonne impression, il faut y aller », ajoute le ministre résolument encourageant. Leila repart avec quelques pistes d’offres d’emploi. Dont une pour huit jours seulement dans une galerie marchande de Faches, avec l’espoir d’une prolongation pendant les grandes vacances si tout se passe bien.
Anissa enchaîne avec le rendez-vous suivant. Dans son box, elle assure le suivi de 167 demandeurs d’emploi.
> 16 h 05, avec Agnès. – Dans le hall de l’agence, Agnès ne peut pas retenir ses sanglots. Elle crie sa détresse. Le ministre s’assied face à elle. En passant d’un contrat d’avenir à un contrat d’accompagnement à l’emploi, la jeune femme n’est pas seulement descendue de 26 h à 20 h par semaine, elle a vu son APL chuter de 240 à 90 euros et a perdu ses droits à la CMU. « Travailler me coûte cher », résume Agnès en larmes.
> 16 h 45. – Débriefing final avec les agents de l’ANPE. On lui fait remonter quelques curiosités : un système informatique archaïque, des dispositifs à réadapter… Laurent Wauquiez prend des notes et promet de garder le contact avec le terrain. Il repart modeste et déterminé : « J’ai bien compris, ça ne veut pas dire que j’arriverai à tout changer. » •
08:31 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : wauquiez, lille, anpe, hervé marie morelle



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